L’Aïd el-Kebir fêté au centre social de La Saulaie

Oullins    Ce petit encart du Progrès du 15.11.2011 peut sembler bien anodin et fort sympathique. Tout le monde se retrouve dans la convivialité le temps d’un goûter : « c’est dans la tolérance et le respect de tous, pour mieux nous connaître ».

Pourtant, un Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) est, en France, un établissement public communal intervenant principalement dans l’aide sociale et l’animation des activités sociales. En qualité d’établissement public et en vertu de la loi de 1905, il semblerait qu’encore une fois, la laïcité, valeur fondatrice et principe essentiel de la République, soit à nouveau battue en brèche. Dans ce cas particulier, on peut s’interroger également sur la  neutralité absolue des agents publics.

Pourrait-on imaginer pareil titre en avril prochain « Pâques a été fêté au centre social de La Saulaie » ? C’est sans rappeler les nombreuses tentatives de faire enlever les crèches de plein air dressées sur les places de village à l’occasion des fêtes de Noël, tentative réussie l’an passé par un jugement du Tribunal administratif d’Amiens du 16 novembre 2010 concernant une crèche de Montiers dans l’Oise.

Lors d’une tentative similaire concernant la mairie de Châtillon, Nicolas Sarkozy,  alors Ministre de l’intérieur et de l’aménagement du territoire avait répondu le 15 mars 2007 (à une question écrite de M. Mélenchon) :

« Le principe de laïcité n’impose pas aux collectivités territoriales de méconnaître les traditions issues du fait religieux (…) Tel est le cas de la pratique populaire d’installation de crèches, apparue au XIIIème siècle. Tel est le cas aussi de la fête musulmane de l’AÏd-el-Adha. »

Cette interprétation très souple du principe de laïcité s’accommode difficilement avec les dispositions de l’article 28 de la loi de 1905 qui ne prévoient pas d’exception quant à l’existence de « traditions issues du fait religieux » qui seraient justifiées par des considérations d’intérêt général. Position retenue par les différents juridictions françaises (TA Amiens 16.11.2010 / CAA Nantes 4.02.1999 / TA Lille 27.01.2009). Il serait intéressant de saisir les tribunaux français pour connaître sa position sur ce point précis et son interprétation des textes. Les traditions chrétiennes françaises ont-elles une valeur moindre que celles musulmanes étrangères ? Peut-être retiendraient-ils la conception de Roland Ries, maire de Strasbourg ?

À des parents d’élèves qui lui demandaient pourquoi on servait à leurs enfants des menus « halal » dans les cantines scolaires de Strasbourg et pas de repas maigre par exemple avec du poisson le vendredi, le maire de Strasbourg Roland Ries a répondu : « Nous servons de la viande halal par respect pour la diversité, mais pas de poisson par respect pour la laïcité ». Ce « deux poids, deux mesures » en matière de respect de la laïcité laisse perplexe.

Article rédigé par Muriel COATIVY
Secrétaire départemental adjointe
Responsable de la XIIème circonscription du Rhône