Et si arrestation rimait avec condamnation ?

Pierre-BéniteTassin-la-Demi-Lune

Dans le Progrès du 5 janvier 2012, nous apprenons qu’un des patients du CHU Lyon-Sud, un homme de 32 ans originaire de Tassin, s’est subitement énervé « pour une raison inconnue » et a provoqué plus de 3.000 € de dégâts sur le matériel médical et informatique. Au cours de sa garde à vue, il a dit ne se souvenir de rien et est donc convoqué en mars pour une comparution en reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC).

Encore un fait divers qui fait l’objet d’un article de presse mais dont on risque de ne plus entendre parler et dont on ne saura au final jamais le verdict. Et si, par chance, nous venions à le connaître, encore faudrait-il lire entre les lignes. A l’image de cette affaire de drapeau brisé en deux en 2010 à la préfecture des Alpes Maritimes. Un article du Progrès du 23 décembre 2010 titre ‘ »Un ressortissant algérien condamné pour outrage au drapeau français ».  Condamné ? nous voilà rassurés. En effet, ce jeune algérien de 26 ans, excédé d’attendre à la préfecture, avait brisé le drapeau français avant de le jeter en direction du fonctionnaire. La loi française a tout prévu ; l’arsenal législatif est suffisant comme aime à le rappeler nos députés. L’outrage au drapeau est passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 1500 €. Et M. Saïdi a été condamné en comparution immédiate à une amende de 750 €. Alors oui, nous pouvons lire « un pétage de plomb qui coûte cher » et clamer haut et fort « justice est rendue » !!! Sauf que …… malgré tous ces titres et propos qui font croire à la condamnation, il ne faut pas omettre de lire « 750 € d’amende avec sursis » ce qui veut dire en fait que M. Saïdi a quitté le tribunal libre comme l’air sans aucune somme d’argent à débourser et que le drapeau de la préfecture sera remplacé aux frais exclusifs du contribuable français. Juste un titre pour calmer les contribuables et futurs électeurs ?
Il est inadmissible qu’un individu n’ait pas à rembourser les dégâts qu’il occasionne, a fortiori lorsqu’il « s’énerve subitement » ou « s’impatiente ». Et s’il n’est pas solvable, il doit réaliser des travaux d’intérêts généraux à la hauteur du préjudice. Et s’il ne souhaite pas s’abaisser à ces travaux d’utilité collective, serait-il inhumain de l’y contraindre au motif du respect des règles qui régissent notre société ?

Et nous ne parlerons pas de tous ces réseaux de drogue démantelés par le travail minutieux de notre police française qui se reconstituent dans la foulée faute de condamnation (cf Le Monde du 18 janvier 2012 pages 18-19). Ni du sort réservé aux délinquants sexuels ou aux hommes auteurs de violences conjugales. Mais nous aurons l’occasion d’y revenir.

La presse ne doit pas se rendre complice de cette politique de dédramatisation de l’insécurité en France. Il ne s’agit pas de calmer les citoyens, il s’agit de calmer les délinquants. Il ne s’agit pas de rassurer sur l’hypothétique arrestation d’un individu. Il s’agit de témoigner de l’efficacité de la condamnation prononcée … si condamnation il y a !

Article rédigé par Muriel COATIVY
Secrétaire départemental adjointe
Responsable de la XIIème circonscription du Rhône