Comment la France punit-elle ses criminels sexuels ?

Le Progrès du 30 janvier 2012 fait la Une de son journal sur le viol d’une ado de 16 ans au centre commercial de la Part-Dieu, samedi 28 janvier en plein après-midi. (Pour rappel, le Progrès du 5 mai 2011 faisait la Une de son journal sur le viol d’une enfant de 14 ans à la gare de la Part-Dieu, en plein après-midi.)

Deux jours plus tard, les trois mineurs mis en examen pour « viol en réunion » sont remis en liberté et placés sous contrôle judiciaire. La jeune fille a été décrite comme « influençable »  et, selon plusieurs sources, cette affaire « ne mérite pas la caricature, elle révèle aussi des comportements sexuels sans repère chez les adolescents. » . (Trois jours plus tard en mai dernier, les jeunes étaient remis en liberté sous contrôle judiciaire. Dans le Progrès de l’époque nous pouvions lire que, selon une source judiciaire, la jeune fille de 14 ans a été certes menacée mais pas frappée et n’ayant pas crié, elle n’a pas « manifesté explicitement son refus »).

C’est sans rappeler le viol collectif d’une autre jeune fille par deux garçons mineurs dans le même quartier de la gare il y a moins d’un an et tous les crimes déclarés ou non sur l’ensemble de la France. On estime à environ 75.000 le nombre annuel de viols en France ; 205 viols par jour ; 8 par heure.

Que fait l’Etat pour lutter contre ces 75.000 crimes annuels ? Le gouvernement nous dit, qu’en ce qui concerne la répression, la loi a tout prévu. Elle est suffisamment lourde. Depuis 1980, le viol est passible de quinze ans de réclusion criminelle, d’un suivi socio-judiciaire et d’une surveillance de sûreté, pouvant être accompagnée d’une injonction de soins qui peut inclure la castration chimique. La peine peut aller jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle en cas de viol collectif. Certes ! En effet, le dispositif paraît être dissuasif.

Le gouvernement nous dit ensuite que, quant à la sanction, cela relève du pouvoir judiciaire qui est indépendant et neutre. Là, les choses se compliquent parce qu’en pratique, la personnalité du violeur, son enfance difficile, ses conditions de vie déplorables, ses origines sociales ou culturelles, son mal de vivre au moment des faits vont avoir une importance cruciale. Et puis, les questions vont fuser ? Et la victime, comment était-elle habillée ? N’y a t-il pas eu provocation ? Et que faisait-elle à cette heure-là ? Et les parents, que faisaient-ils ? Pourquoi n’était-elle pas mieux surveillée ? et puis, au fond, puisque toutes les femmes aiment ça, n’était-elle pas un peu consentante ? Des millénaires d’idées reçues, de fantasmes collectifs qui perdurent jusque dans les tribunaux. A l’école, dans la rue, au travail, au sein du couple. La femme est toujours un peu responsable de ce qui vient de lui arriver et elle doit en faire l’apprentissage dès le plus jeune âge. Et puis, au fond, « il n’y a pas mort d’homme » !

Enfin, si condamnation il y a, l’application des peines relève souvent des aléas de la conjoncture. Et en cas de récidive, on nous rappelle que « le risque zéro n’existe pas » !

Dans ces deux affaires, comme de nombreuses autres, les coupables sont remis en liberté par la justice parce que le refus de la victime n’est pas explicite ou parce que la version de présumé agresseur peut valoir de droit. Parce qu’il est très facile d’imaginer qu’une jeune fille de 14 ou 16 ans se promenant seule l’après-midi à la part-Dieu soit en fait à la recherche d’un groupe de garçons pour s’adonner à des fellations et assouvir ainsi une pulsion sexuelle. Mais qui sont ces juges ? Quelle image donnent-ils de la femme ? Comment peuvent-ils douter un instant de l’absence de consentement de la jeune fille ? Le fait qu’elle soit « influençable » est-il une circonstance atténuante pour les mineurs ?

Bientôt 9 mois se sont écoulés depuis la première affaire et que sont devenus les quatre protagonistes « sous contrôle judiciaire » ? Aucune trace de jugement à ce jour. Laissés ainsi libres, quelle image ont-ils gardée de la femme ? Sans sanction exemplaire, ils ne peuvent être amenés qu’à recommencer. Combien de jeunes filles devront vivre ce cauchemar ?

Aujourd’hui en France, l’image de la femme se déprécie chaque jour d’avantage. Dès l’école, le sexisme est de plus en plus présent, des codes vestimentaires se mettent en place pour ne pas jouer la carte de la féminité et, par là-même, de la provocation. Une vision négative de la femme perdure dans les médias et la violence pornographique atteint les enfants de plus en plus jeunes.

Le gouvernement se doit de faire respecter la loi existante. Rétablissement d’une vraie place à la victime dans le processus judiciaire. Tolérance zéro vis-à-vis des délinquants sexuels. Peine effective maximale sans remise de peine. Injonction de soins avec reprise effective du débat et vote d’une loi sur la castration chimique.

Ici et là, on peut lire que la pénalisation des crimes sexuels n’en diminuera pas le nombre. Il pourrait même générer l’effet inverse ! Cela me laisse perplexe. Dans le cas de ces jeunes, je pense que s’ils savaient qu’ils encourent vraiment 8 à 10 ans de prison effectives, cela calmerait leurs pulsions sexuelles. D’autres jeunes y arrivent … pourquoi pas eux ?

La France peut se vanter d’être le pays des droits de l’homme … faisons en sorte qu’il soit aussi celui des droits de la femme.

A ce jour, seul le Front national, en se donnant les moyens de punir les criminels à la hauteur de leurs actes et en redonnant une vraie place à la victime dans le processus judiciaire, est en mesure de protéger les femmes, toutes les femmes voulant vivre librement en France.

Article rédigé par Muriel COATIVY
Secrétaire départemental adjointe
Responsable de la XIIème circonscription du Rhône