Quelle agriculture pour la France ?

nos-valeurs-12Réflexions du pôle “environnement” du FN69 – Par Paul FRIERE

En 1958, Jacques Rueff et Louis Armand, polytechniciens, grands commis de l’Etat, furent chargés de faire passer la France des petites fermes familiales à l’agriculture industrielle ; les Pisani et autres technocrates de Paris et de Bruxelles s’y employèrent.

Résultat : le programme – qu’on l’apprécie ou non – a été exécuté à la lettre. En 2011, on comptait en France 490.000 exploitations agricoles (environ 4 millions en 1958) et depuis, chaque jour, plus d’une vingtaine d’exploitations disparaissent. La surface moyenne des exploitations est passée de 15 hectares en 1955 à 55 hectares en 2010. A surface agricole pratiquement constante, il y a 10 fois moins de paysans. Le volume de la production a en outre été multiplié par deux entre 1960 et 2004.

Paradoxalement, la production de la France et de l’Europe de l’Ouest n’est plus suffisante pour la population. C’est ainsi qu’on ne cesse d’importer des semences et de la nourriture, alors que l’industrie agroalimentaire exporte. Nous assistons donc à une rupture historique entre la production de nourriture et le commerce, entre la terre et l’aliment. D’où les drames actuels.

Ainsi on ne s’étonnera pas que ce soit chez les exploitants agricoles qu’on compte le plus de suicides. L’agriculteur d’aujourd’hui modèle CNJA (Centre national des jeunes agriculteurs) est passé de la dépendance familiale de jadis à la dépendance financière (banques, investissements techniques, aides). Quant à l’endettement moyen par exploitation, il s’élevait en 2009 à 147.000 euros.

Bien sûr, dit-on, mais il y a les subventions. Il faut savoir que les aides profitent essentiellement à la grande culture céréalière. C’est ainsi que les producteurs de céréales, d’oléagineux et de protéagineux cumulent des aides directes moyennes de 36.200 euros par an avant impôts, contre 27.000 euros pour les éleveurs de moutons ou de chèvres, maraichers et arboriculteurs étant les grands perdants. En gros, 20% des agriculteurs perçoivent 80 % des aides…

Enfin, il est à noter qu’actuellement, l’agriculture entre dans « l’ère agro-tertiaire ». Seulement 10% du prix final des produits alimentaires vont aux agriculteurs. Ce sont donc aujourd’hui les industries agroalimentaires qui déterminent l’avenir des derniers paysans de France. L’Union européenne, totalement au service de ces conglomérats, libéralise le marché agricole en abolissant les quotas et met en place le Tafta (Traité Transatlantique) qui remet totalement en cause la gestion « environnementale » de l’agriculture entre les mains de l’agrochimie. Bienvenue aux poulets traités au chlore, aux veaux rendus myxomateux à force d’antithyroïdiens, au bétail et aux porcs sous antibiotiques, aux vaches piquées à la prolactine !

L’avenir est donc, semble-t-il, aux usines à porc de plus de mille truies et aux usines à lait de milliers de vaches. Comme si, dans cette agro-industrie, les paysans étaient de trop, pour laisser la place au progrès…

Il est prévisible qu’à terme s’imposera une révision déchirante de la politique agricole. Elle devra s’adapter à la crise climatique mais aussi et surtout à la dépendance aux énergies fossiles. Elle subira les conséquences d’un renchérissement de ces énergies alors que les limites de la révolution verte sont atteintes. L’agriculture industrielle est à l’origine de 60 % de la pollution par les phosphates, 70 % par les pesticides et 75 % par les nitrates et entre 20 à 30 % des rejets de gaz à effet de serre. La Bretagne qui manifeste ne peut pratiquement plus utiliser l’eau du robinet comme boisson. Le passage à une agriculture plus rationnelle se fera nécessairement dans la douleur et ne se conçoit pas dans une économie de marché sans foi ni loi.

Seul l’Etat peut réguler la production agricole. Il est donc urgent de prendre des mesures pour maintenir la richesse de nos terroirs en s’orientant vers une agriculture haut de gamme. L’INRA (Institut national de la recherche agronomique) doit notamment réorienter massivement sa politique en préparant une transition vers une agriculture pérenne où seront préservés les processus naturels. Mais le problème qu’il faudra affronter est beaucoup plus dramatique qu’un simple problème économique. Une agriculture plus rationnelle, sinon bio, a une productivité nécessairement beaucoup plus faible. Or, en 1960, la nourriture du terrien moyen était produite sur 0,45 hectare. En 2015, il fallait le faire sur 0,15 hectare, soit 1.500 m² (Atlas de l‘agriculture). A cela, ajoutez la pénurie en eau qui commence sérieusement à être inquiétante…

Ce que l’on peut affirmer, c’est que nos idéologues, partisans du toujours plus de démographie et/ou de toujours plus d’immigration, devront porter devant l’Histoire la responsabilité de ce drame social et sanitaire, en un mot humain, que vivent actuellement les paysans de France.